Un gros chat noir, Ponce Pilate et de la folie

Pour retrouver l’homme qu’elle aime, un écrivain maudit, Marguerite accepte de livrer son âme au diable. Version contemporaine du mythe de Faust, transposé à Moscou dans les années 1930, Le maître et Marguerite est aussi une des histoires d’amour les plus émouvantes jamais écrites. Mikhaïl Boulgakov a travaillé à son roman durant douze ans, en pleine dictature stalinienne, conscient qu’il n’aurait aucune chance de le voir paraître de son vivant. Écrit pour la liberté des artistes et contre le conformisme, cet objet d’admiration universelle fut publié un quart de siècle après la mort de celui qui est aujourd’hui considéré comme l’égal de Dostoïevski, de Gogol et de Tchekhov réunis.

Plusieurs de mes amis m’avaient vanté les merveilles de ce livre. Je l’avais donc acheté avec confiance et envie. J’ai cependant mis six malheureux mois à le commencer. J’ai adoré Le Maître et Marguerite. C’est une oeuvre incroyablement riche autant au niveau de l’intrigue qu’au niveau de l’écriture de Boulgakov.

Tout d’abord, l’auteur nous entraîne dans un patchwork de personnages se croisant tous les uns les autres, dont leur point commun est leur rapport avec le mystérieux Woland et ses compagnons. On y découvre une ville de Moscou  foisonnante et pleine de vie. Mais surtout, on est entraînés dans des événements étranges qui provoquent bien souvent la folie des protagonistes. Une légère touche d’absurde se dégage de ces curieuses mésaventures jusqu’à ce que le lecteur arrive, à la fin, à avoir une vue d’ensemble sur l’intrigue qui se construit comme une toile d’araignée. Trois histoires se chevauchent alors pour se rejoindre en différents points : celle de la ville et de ses habitants, celle de Marguerite et de son amant, le Maître et, enfin, celle de Ponce Pilate à Jérusalem. Le point commun de ces histoires est la présence du diable. J’ai vraiment aimé cet enchevêtrement d’intrigue, de personnages et, surtout, de mystère.

J’ai dégusté avec plaisir le style incroyable de Boulgakov. C’est magnifique. A la fois légèrement burlesque et fort. Les scènes, impressionnantes, s’impriment avec précision et netteté dans l’esprit. Le narrateur intervient dans le récit. J’ai eu l’impression que quelqu’un me racontait une grande et fabuleuse histoire. Je suis donc entrée dans le récit avec facilité et j’en ai accepté toutes les bizarreries. J’ai, cependant, un tout petit peu moins apprécié les parties de Ponce Pilate, voulant absolument savoir la suite des mésaventures des protagonistes à Moscou. Mais les descriptions magnifiques ont facilement palliées à ces petits moments de frustration.

J’ai vraiment apprécié me plonger dans l’atmosphère fantastique où nous amène l’auteur. Plus on avance dans la lecture et plus on veut savoir la suite. Ce qui est aussi incroyable dans cette oeuvre c’est que tout reste cohérent malgré la profusion de personnages et d’aventures.

Le Maître et Marguerite est à savourer avec délice. Et c’est un de ces livre que je relirai très certainement dans quelques années.

L&C

Un témoignage, un peu d’égoïsme et beaucoup d’enfance

Ecrits d’après les histoires vraies d’Esther A., Les Cahiers d’Esther nous plongent dans le quotidien d’une fille de 10 ans qui nous parle de son école, ses amis, sa famille, ses idoles.
Que sont Tal, Kendji Girac ou bien les têtes brûlées ? Quels sont les critères de beauté que doivent avoir les garçons et les filles pour être populaires ? Comment fait-on quand on a des copines plus riches que soi ? Qu’est-ce que le petit pont massacreur ? Comment les attentats du 7 janvier ont-ils été vécus dans la classe d’Esther ? Comment faire quand on a peur d’avoir des gros seins ?

J’avais déjà pu apprécier le travail de Riad Sattouf avec Les Pauvres Aventures de Jérémie. C’est donc avec enthousiasme que je me suis plongée dans la vie de la petite Esther âgée de neuf ans. Et j’ai vraiment aimé! On redécouvre l’enfance au fil des expériences de la petite fille. A chaque page, une nouvelle mésaventure qui rythme l’enfance est racontée par Esther elle-même. Elles sont très souvent drôles, parfois légèrement choquantes et quelques fois attendrissantes. Ainsi, des sujets de toute sortes sont abordés ; certains sont délicats (comme les réactions face à l’homosexualité, le racisme ou encore le suicide) ; et d’autres complètements liés à l’intimité familiale d’Esther. J’ai trouvé particulièrement intéressant le fait qu’Esther revienne sur des jugements faits à la va-vite pour suivre ses camarades et finit par remettre en question des actes et des paroles sans réflexion.

Le monde d’Esther, sa famille, son école et ses vacances m’ont rappelés ma propre enfance. Avec ses belles découvertes, ses questions perpétuelles mais aussi ses plus ou moins grandes méchancetés. En effet, les « jolies petites têtes blondes » font parfois preuves de cruauté et ce n’est pas omis du témoignage! Et la petite héroïne de ce livre ne fait pas exception à la règle. Ainsi, elle est souvent superficielle et égoïste. Cependant, cela ne m’a pas empêché de m’attacher à elle. J’ai même réellement apprécié ce côté. On y retrouve l’enfance en entier, les belles choses autant que les petites erreurs auxquelles l’ignorance peut mener. Mais, le jugement et le cynisme n’est pas de mise dans le ton de Sattouf et ces erreurs sont toujours mises en avant avec légèreté et sans défaitisme, ce que je salue.

Les dessins sont assez simples. Beaucoup de textes les accompagnent et on se concentre sur les paroles simples d’Esther. La façon de parler de la petite fille m’a beaucoup fait pensé au petit Nicolas, et cela m’a beaucoup fait sourire. Cette bande dessinée se dévore avec facilité et avec un véritable plaisir.

L&C