Un village, un meurtre et de l’absurde

« Les frères Vicario ont annoncé leur intention meurtrière à tous ceux qu’ils ont rencontrés, la rumeur alertant finalement le village entier, à l’exception de Santiago Nasar. Et pourtant, à l’aube, ce matin-là, Santiago Nasar sera poignardé devant sa porte. Pourquoi le crime n`a-t-il pu être évité ? »

   L’été dernier, je suis complètement tombée sous le charme de Cent ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez. C’est donc avec enthousiasme que j’ai acheté Chronique d’une mort annoncée et que je l’ai commencé. Il ne m’a pas fallu longtemps pour le finir et pour l’aimer presque autant que Cent ans de Solitude.

   Ce petit roman est un parfait mélange de comique absurde et de fatalité. Le fait que pratiquement tout le village soit au courant du crime qui s’annonce, mais que personne n’agisse véritablement pour l’empêcher est le noyau de ce mélange qui se complète parfaitement. A partir de cela, se construit une véritable toile de personnages et d’évènements imprévus menant à la mort de Santiago Nassar. La notion d’honneur se mêle aussi à celle de la fatalité et participe à cette atmosphère très particulière, installée par l’auteur que j’ai adoré. C’est très drôle et m’a fait rire à de nombreuses reprises. J’ai cependant aussi été émue par la fin.

   C’est à travers un ami de Santiago, cherchant à comprendre des années plus tard ce qui est réellement arrivé, que le lecteur voit les imprévus se succéder. On ne sait pas grand-chose de ce personnage ; c’est d’ailleurs aussi le cas avec tous les autres personnages. On touche du doigt seulement un fragment de leur vie, ce qui fait que le récit garde cette légèreté à la fois moqueuse et tendre que je reconnais dans l’écriture de Marquez. J’ai apprécié toutes les interventions de chacun des personnages. Cela permet aussi de croiser toute une panoplie de personnages à travers leurs rapports avec Santiago – amour, amitié ou rancœur les lient tour à tour à ce dernier. Ainsi, ces interventions  les rendent touchants et réels à travers cette fugacité si particulière. On assiste alors à un moment de vie court mais très important d’un village qui bascule de la joie d’une noce à l’horreur incompréhensible d’un meurtre que tout le monde aurait pu empêcher. Le lecteur effleure aussi, grâce à tous ces personnages différents, certains sujets sous la dimension de l’absurde, comme le racisme ; notamment à travers la peur collective et exagérée des arabes et d’une possible vengeance.

   Ensuite, ça été un véritable plaisir et régal de retrouver le style incroyable de cet auteur. C’est beau et fluide, l’écriture se déguste comme la douceur du chocolat. Et, si la dimension magique et mystique de Cent ans de Solitude n’est pas vraiment présente, la magie opère réellement et avec force. Le lecteur est emporté par le récit.

   Je ne peux que conseiller ce livre à tout le monde ; et de manière plus général cet auteur. J’ai dans ma PAL L’Amour au temps du choléra que j’ai hâte de dévorer avec la même frénésie et le même émerveillement que j’ai eu pour cette Chronique d’une mort annoncée et pour Cent ans de solitude.

L&C

 

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Challenge #3 : Les « barbares »

   Pbm_CVT_LImmeuble-Yacoubian_7523our le challenge du mois d’avril, j’ai lu avec plaisir L’immeuble Yacoubian de Alaa El Aswany. J’ai beaucoup aimé ce roman, de plus en plus au fur et à mesure de mon avancée dans le récit.

   Le récit croise une multitude de personnages dont le point commun est leur vie commune dans l’immeuble yacoubian. Cette pluralité de voix apporte réellement une richesse dans la narration ainsi qu’un rythme qui permet au lecteur de ne jamais s’ennuyer. De plus, tous les personnages sont très intéressants et apportent chacun une vision très différente les uns les autres du Caire et de la vie qui l’anime. J’ai vraiment aimé ce côté-là. On a alors une grande dynamique dans l’intrigue, qui est constituée de multiples petites histoires personnelles influant plus ou moins sur les événements politiques rythmant la vie de l’Egypte. Je me suis bien entendu plus attaché à certains personnages qu’à d’autres mais j’ai aimé suivre l’évolution de tous. J’ai vraiment beaucoup aimé les personnages  de Boussaïna et de Zaki, qui, à la fin, ont apportés une grande douceur. Celui de Malak et sa façon de réussir à s’emparer de tous les biens immobiliers qu’il désire. Mais j’ai aussi pu détester le personnage d’Azzam, que j’ai trouvé horrible. J’ai donc pu ressentir un panel large d’émotions pour ces personnages. Ils évoluent tous de manière complexe et riche ; on découvre peu à peu les différentes facettes de ces personnages. Cependant, je finissais par souvent mélanger les personnages à cause de leur grand nombre.

   Les thèmes abordés sont aussi très intéressants et bien menés. La religion, radicale ou non ; le harcèlement sexuel ; le manque de liberté sexuelle ; l’homophobie ainsi que les conflits perturbant la vie de l’Egypte pendant la seconde moitié du XXe siècle apparaissent tous à travers les multiples personnages. La place des femmes est également évoquée. Le récit est purement observateur de la société égyptienne à travers les habitants de l’immeuble, aucun ton moralisateur ne transparaît, ce que j’ai beaucoup apprécié. Le ton est parfois tendre et drôle et souvent mêlé de mélancolie et de tristesse.

   Cependant, la traduction a un peu gêné ma lecture. En effet, des oublis de mots ainsi que des répétitions un peu lourdes sont souvent survenus dans le texte. Mais à part ça le style est fluide et très agréable à lire ; même s’il n’est pas particulièrement transcendant, à mon sens.

   Je conseille cette lecture enrichissante à tous ceux voulant voyager à travers une lecture qui apporte tout un panel d’émotion.

L&C

Challenge #3 : Après vous Madame

 

9782264060532Pour le thème du mois de mars, j’ai choisi de lire Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka  que Cocolanoix m’a si gentiment prêté. Ce petit roman au point de vue si particulier m’a beaucoup touchée et j’ai bien failli finir par pleurer plusieurs fois.

Je ne pourrai vous parler ni de personnage, ni d’intrigue au sens propre du terme parce qu’il n’y en a pas vraiment. L’auteur a fait le parti pris d’écrire le récit à la première personne du pluriel. C’est donc une voix commune qui s’adresse au lecteur, l’emportant dans un tourbillon de témoignages et d’émotion. Le récit est aussi ponctué de pensées individuelles des différentes femmes ; cela coupe la voix multiple et donne un rythme que j’ai personnellement apprécié. Je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde et que ça peut déranger, néanmoins, pour ma part, cela a juste aider à augmenter l’émotion que je ressentais lors de certains passages.

Ce que j’ai particulièrement apprécié aussi c’est le fait que Julie Otsuka aborde un sujet qui n’est pas forcément connu de tous, le rapport entre les immigrés japonais – ainsi que les américains d’origine japonaise bien entendu – et les autres citoyens aux Etats-Unis. Elle y expose plusieurs sujets très importants et assez dur comme le viol conjugal, le racisme ainsi que la déportation des gens d’origine japonaise faite par les Etats-Unis lors de la Seconde Guerre Mondiale. Il en ressort alors un rapport assez étrange entre « les japonais » et « les américains » que j’ai trouvé intéressant et nuancé. On découvre un racisme qui est beaucoup plus « ordinaire » que « violent » : ainsi un certain attachement semble se former mais il est basé sur des préjugés ainsi que sur leur capacité à travailler. Cette espèce d’attachement reste dans une relation de domination. De plus, ce n’est que des mois plus tard que les habitants commencent à s’interroger sur le lieu de déportation des « japonais » ; pour finalement finir par les oublier et remplacer la main-d’œuvre que ces derniers ont laissés vacant.

De plus, dans ce livre on ressent très bien la méfiance envers les « japonais » par les autres citoyens ; mais aussi, celle des « japonais » envers eux-mêmes. Un des points forts de ce roman est en effet le fait que le lecteur perçoit très bien chacune des émotions et leur nuance transmise par le texte.

C’est aussi l’intimité des familles et d’une communauté que dépeint Otsuka à travers son œuvre. On assiste alors à un kaléidoscope d’expériences et de moments de vie, parfois très durs et tristes, mais aussi remplis de bonheur et d’amour.

J’ai donc beaucoup apprécié ce petit livre qui m’a donné envie de me renseigner un peu plus sur les déportations aux Etats-Unis lors de la Seconde Guerre Mondiale, qui n’est pas facilement abordé.

L&C

Challenge #2 : L’Amour donne des ailes

   Après deux mois très chargés en examens, maladies et événements en tout genre pour Cocolanoix et moi, on a enfin réussi à poster cet article – très en retard certes, mais mieux vaut tard que jamais non? Bonne lecture!

Hardy-Thomas-Loin-de-la-foule-déchaînée1   Avant que mon amie Cocolanoix ne me conseille Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy, j’avoue que je n’avais pas trop envie de le lire. J’avais vu un bout du film de Thomas Vinterberg et je n’avais pas du tout apprécié. Cependant, vu son enthousiasme et ayant une confiance aveugle en ses goûts livresques je l’ai donc acheté dès la première occasion dans une librairie d’occasion, avant qu’il ne dorme paisiblement dans ma bibliothèque comme la plupart de mes livres. Et puis, arrive le mois de février et son thème sur la romance. Je cherchais quelque chose qui puisse me mettre de bonne humeur et Cocolanoix me conseille (à nouveau) cette œuvre. Je m’y suis donc plongé sans trop savoir à quoi m’attendre ; et je ne regrette absolument pas. J’ai énormément aimé ce roman.

   Le récit se concentre essentiellement sur la psychologie et l’évolution des relations de quatre personnages : Batsheba et Oak bien sûr, mais aussi le fermier Boldwood et le sergent Troy. Suivre la construction de ces personnages a été pour moi un véritable délice. Ils sont tous quatre très bien exploités et leurs sentiments se complexifient au fur et à mesure qu’avance l’intrigue. J’ai adoré le personnage d’Oak, il est beaucoup trop adorable. Il est à la fois juste et humble, c’est aussi un appui sans faille pour Batsheba, malgré le traitement souvent froid qu’elle lui inflige. Tellement que j’ai souvent été frustrée qu’il ne lui crie pas un peu dessus. Batsheba m’a souvent agacé, mais cela ne m’as pas empêché de m’y attacher énormément. J’ai vraiment apprécié le fait qu’elle soit à la fois très forte, mais qu’elle ait aussi ses moments de faiblesses. Je l’ai trouvé très humaine et surtout, vraiment convaincante. Boldwood m’a aussi beaucoup plu et surtout m’a fait ressentir un grand panel d’émotion. J’étais tour à tour triste, désolée puis en colère contre lui. Enfin, je ne peux pas dire que j’ai aimé le personnage de Troy, c’est quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il veut et qui blesse les autres à cause de cela et déjà dans la réalité ce genre de personne, qui n’ont pas beaucoup de considération pour les autres, m’agacent beaucoup. Ça s’est bien entendu ressenti dans ma lecture. Je ne l’ai pourtant pas détesté non plus ; c’était quand même un excellent personnage.

   Je savais à peu près comment l’intrigue allait se finir, le suspense n’est donc pas ce qui m’a tenue le plus en haleine devant les pages qui défilaient à toute allure. C’est de découvrir les différentes péripéties des personnages, parfois terribles et tragiques. Je ne me suis pas ennuyée une seule fois lors de ma lecture, et j’ai souvent été surprise. Si je savais le dénouement, je n’avais aucune idée du comment.

   J’ai aussi beaucoup aimé le style de Thomas Hardy. C’est clair, fluide et beau. Ses descriptions, si elles ne sont pas énormément longues, sont vraiment très belles et on s’imagine très bien les scènes, les paysages et les personnages. Et puis, c’est drôle. Le narrateur intervient plusieurs fois dans le récit avec des commentaires sur les personnages et, souvent, cela m’a fait rire, sourire ou m’a émue. On a donc clairement le point de vue du narrateur, qui est peut-être celui de Hardy même, sur le sentiment amoureux et ses différentes nuances. En effet, on ne traite pas dans ce récit d’un seul sentiment amoureux universel, mais bien de différentes sortes d’amours et de passions à travers des réactions très différentes de ces quatre personnages. Je crois que c’est ce dernier point qui m’a le plus plu dans cette lecture, et surtout, qui m’a le plus touchée.

   Je recommande ce roman à toute personne aimant des personnages fouillés et une psychologie nuancée qui se découvre au fur et à mesure. J’ai hâte de lire un autre roman de Thomas Hardy, même si j’ai cru comprendre que ses autres œuvres s’inscrivent souvent dans un registre bien plus sombre des sentiments humains ; ce qui est loin de me déplaire.

 L&C

Pour célébrer le mois de l’amour, quoi de mieux que de lire une histoire d’amour ?

41F8JKY1GZL._SX291_BO1,204,203,200_  J’ai lu au mois de février deux livres, deux histoires d’amour que tout oppose. La première n’est autre qu’un très célèbre roman de la littérature portugaise L’amour de perdition de Branco. Je ne connaissais pas grand-chose de la littérature portugaise et la préface m’a d’ailleurs permis de dessiner quelques repères. Nous sommes au XIXe siècle et le romantisme siège dans les livres et les cœurs. Amour de perdition n’est autre que l’histoire d’un jeune homme et d’une jeune femme, tous deux issus de grandes familles, qui échangent un regard … et voient surgir en leur sein la fatale flamme de la passion… Cela n’est pas sans rappeler la plus célèbre des histoires d’amour impossible, Roméo et Juliette du poète Shakespeare. On retrouve une trame semblable et des éléments similaires mais à la sauce méditerranéenne si j’ose dire ! Branco use d’une langue pleine de poésie, une langue pleine de sincérité pour évoquer les profonds sentiments amoureux qui animent les trois protagonistes… eh oui… Car aux deux amoureux s’ajoute une jeune fille qui, grâce à son amour dévoué, aidera le jeune homme. Ce sont trois personnages sublimes pour lesquels le lecteur éprouve beaucoup de compassion. Ils sont tous trois dignes et emplis de grands sentiments. Néanmoins, l’auteur parvient à glisser entre ces moments qui serrent le cœur, des passages plus légers où il ne se prive pas de donner son avis. C’est un beau mélange romantique, entre sublime et grotesque. Cette œuvre est loin d’être un simple pastiche d’une histoire déjà très connue mais une œuvre magistrale de la littérature portugaise.

   9782253057604-001-TAutre époque, autre histoire d’amour, j’ai également lu Carol de Patricia Highsmith. Il s’agit de l’histoire d’un coup de foudre entre une jeune employée de magasin, Thérèse, et une cliente quadragénaire, Carol. Entre road trip américain et bouffées de cigarettes, on suit l’évolution de leur relation. Il s’agit d’une très belle histoire d’amour et le personnage de Carol est des plus charismatiques. Néanmoins, au sortir de ma lecture, je reste toujours autant choquée par le traitement infligée aux homosexuel-les, notamment lorsqu’ils/elles ont des enfants, au milieu du XXe siècle… Ce n’est pas si loin de nous et pourtant… L’œuvre a d’ailleurs fait grand scandale à sa sortie mais l’auteur a reçu beaucoup de courriers d’homosexuel-les la remerciant pour l’aide qu’elle leur avait apportée, en leur montrant qu’on pouvait avoir une autre sexualité et être heureux. Merci à Patricia Highsmith d’avoir simplement écrit une belle histoire d’amour !

Cocolanoix

 

Un pied robotique, une princesse perdue et de la mécanique

A New Beijing, Cinder est une cyborg. Autant dire une paria. Elle partage sa vie entre l’atelier où elle répare des robots et sa famille adoptive. A seize ans, la jeune fille a pour seul horizon les tâches plus ou moins dégradantes qu’elle doit accomplir pour ses sœurs et sa marâtre.
Mais le jour où le prince Kai lui apporte son robot de compagnie – son seul ami -, le destin de Cinder prend un tour inattendu. La forte attirance qu’éprouvent le beau prince et la jeune cyborg n’a aucune chance de s’épanouir, surtout que le royaume est menacé par la terrible reine de la Lune !
Débute alors pour Cinder une aventure incroyable, où elle découvrira que le sort de l’humanité est peut-être entre ses mains.

   Après en avoir entendu parler un peu partout en bien, j’avais très envie de lire Cinder de Marissa Meyer, ainsi que l’ensemble de la série. Un mélange des contes de mon enfance et de science-fiction ? J’étais curieuse de savoir ce que cela pouvait donner. Donc, lorsque le livre a été annoncé comme la lecture de janvier du book club Le club des rats de bibliothèque, j’ai été ravie et j’ai sauté sur l’occasion pour l’emprunter à la médiathèque. J’ai apprécié ce premier tome, bien qu’il ne m’ait pas transporté et, qu’au final, il n’ait rien d’exceptionnel. Je l’ai trouvé sympathique et l’assimile à une lecture détente.

   Le gros point positif de ce roman, c’est le fait que la réécriture du conte de Cendrillon en elle-même soit très bien faite. Les éléments clés du conte sont très bien utilisés au sein de l’intrigue principale. L’auteur a su se les approprier d’une manière bien à elle, parfois un tantinet ironique comme la scène du bal où Cinder est loin d’être la plus belle ou l’élément du pied robotique à la place de la pantoufle de verre, qui m’a plutôt bien plu. Ainsi, la réécriture en soi est très bien pensée et c’est ce que j’ai préféré découvrir. L’intrigue principale, le fil rouge que l’on voit se mettre en place dans ce premier roman et qui continueras très certainement de se développer dans les prochains, est l’élément qui coince un peu. Dès le début on devine l’élément le plus important sur lequel repose tout ce premier tome, ce qui est légèrement embêtant dans l’appréciation de la lecture. Si cela avait été partie intégrante du conte d’origine, le manque de subtilité et de suspense aurait peut-être été plus facile à comprendre. Cependant, malgré le fait que l’on devine à peu près toute l’intrigue du livre, je voulais tout de même voir comment cela allait se mettre en place, notamment autour des éléments du conte d’origine, qui sont eux très bien menés. C’était alors tout de même plaisant de lire ce livre, bien que le plaisir soit un peu détaché et que l’histoire en elle-même ne me transcende pas par sa simplicité et sa transparence.

   Les personnages, bien qu’ils ne soient pas énormément creusés et complexes, sont aussi un atout de ce premier tome. Ils sont attachants et n’ont pas du tout la dimension agaçante qu’aurait pu leur donner le statut de personnages de conte. Ainsi, ils sont tout de même nuancés et agréables à suivre. Le fait que la relation entre Cinder et le prince Kaito ne soit pas pleine de niaiserie est aussi un élément qui m’a agréablement surprise. J’avais très peur du personnage du prince, mais il s’est révélé intéressant au fil des pages. Celui de Cinder aussi m’a bien plu : on retrouve la jeune fille un peu soumise à sa famille adoptive et rêveuse du conte, mais elle sait aussi prendre ses décisions et faire preuve de courage. J’ai apprécié le fait qu’elle ne tombe dans aucun extrême, ni complétement fragile et soumise, ni rebelle badasse qui fonce dans le tas. Cela la rend beaucoup plus authentique et réaliste. J’ai bien aimé la reine Levana aussi, qui est, elle, le reflet parfait de la méchante reine et sorcière qui peuple beaucoup de contes. On ne sait pas grand-chose d’elle ; elle est cruelle pour le simple plaisir d’asseoir son autorité et ça me va. Sa figure menaçante et la présence tout le long du roman de la lethumose, une maladie mortelle, donne à l’univers de l’auteur un côté froid et dur qui n’est pas sans faire penser à la cruauté qui ressort des véritables contes d’origines.

  Ce qui m’a pas mal déçue c’est l’univers. J’ai trouvé le monde de Cinder très intéressant mais pas assez creusé. J’aurai aimé qu’il soit bien plus exploité et surtout bien plus décrit. L’intrigue se déroule dans une ville immense, mais on n’est vraiment familiarisé qu’avec trois lieux : l’appartement de la famille adoptive de Cinder, son établi où elle reçoit ses clients et le palais, surtout via les laboratoires. Alors je sais que dans les contes, les lieux sont censés être flous pour renforcer le côté merveilleux et magique ; cependant l’auteur nous fait miroiter un univers qui pourrait être complexe et très bien construits avec un système et une histoire propre à lui, mais on en voit que de légers éléments. De plus, ce rapprochement entre le monde du roman et le conte me semble un peu douteux, car le merveilleux n’est pas franchement présent. Les « pouvoirs » des Lunaires sont expliqués en termes assez scientifiques, et à part cela aucun signe évident de magie. Tout est un minimum expliqué, étant donné que ce n’est plus seulement un conte, mais surtout un roman. Je pense donc que la construction de l’univers aurait pu être un peu plus aboutit. Cependant, ce n’est qu’un premier tome et peut-être que cette dimension est plus développée dans les prochains romans.

   Le style est assez bien construit sans être recherché. Il n’est, à mon sens, pas particulier ou marquant. Je n’ai pas trouvé de plume bien définie propre à l’auteur qui aurait permis de la démarquer et qui aurait pu jouer dans la construction de son univers. Cependant, l’écriture est fluide, très agréable et rapide à lire. Je ne me suis pas ennuyée une seule fois pendant ma lecture et on se laisse prendre assez facilement.

   Cinder fut donc une lecture très sympathique le temps d’un week-end détente. J’ai hâte de découvrir l’appropriation des autres contes par Marissa Meyer, bien plus que l’intrigue principale. Je recommande ce livre à toute personne appréciant les contes ou une lecture sans prise de tête.

L&C

Deux frères, de la magie et une dragonne

« Les ténèbres ont un cœur de lumière.
Je l’ai su quand j’ai vu l’enfant dans la tempête. J’ai entraperçu l’azur de sa magie étrange et intense, mon univers s’est métamorphosé. Moi qui me sentais si seul, si désespéré, j’ai découvert soudain pourquoi j’étais venu au monde : pour protéger celui qu’on m’a donné pour frère. Un frère pas tout à fait humain, pas tout à fait possible. Le protéger des autres et de lui-même : des décisions qu’il voudrait prendre afin de résoudre sa maudite Énigme. Car ce petit est doué pour se mettre – nous mettre – en péril ! Mais j’ai la faiblesse de croire que je suis plus têtu que lui.

Une nouvelle grande saga de fantasy. Les mages bleus, servants de l’Équilibre, ont été décimés, mais l’un des leurs a survécu au prix de son honneur, guidé par le besoin impérieux de transmettre la vie. Ses fils : Cerdric et Ceredawn, nés pour devenir les héros de ce voyage riche en périls, depuis les Marches jusqu’au séminaire d’Atilda. »

   La fantasy, c’est un peu mon genre « pantoufle ». C’est avec les livres de fantasy jeunesse que j’ai appris à aimer lire. Ainsi ça me fait toujours du bien d’y revenir lorsque ça fait quelque temps que je n’en ai pas lu, un peu comme une base nécessaire. Alors, fin juin, je n’ai pas hésité à renflouer mes réserves pour les mois à venir, notamment avec la réedition du premier tome du Livre de l’Enigme, « Source des Tempêtes » écrit par Nathalie Dau. A sa réedition, le livre a tourné sur pas mal de blogs et de chaines booktubes, ce qui m’a alléchée et intriguée. Et ça a été une très bonne découverte, bien que quelques petits points ont un peu gâter mon plaisir.

   J’ai vraiment aimé le personnage de Cerdric, ainsi que sa relation très particulière avec son frère. Ce qui est réellement appréciable avec Cerdric, c’est qu’il est complètement ordinaire. Confronté à la solitude, il peut être parfois irritant à l’entendre s’apitoyer sur son sort ou à force de succomber à sa trop grande susceptibilité. Mais il est aussi très sensible et tente d’être juste et droit. Ce qui en fait un personnage complexe et nuancé que l’on peut rencontrer nous-même dans notre réalité, et terriblement convaincant. Il n’a pas de pouvoir magique puissant. La seule chose qu’il désire, c’est préserver sa famille ; c’est-à-dire Ceredawn, son frère, qui, lui, a été élevé pour tenir le rôle de « sauveur des mages bleus et de l’Equilibre ». De plus, les autres personnages sont aussi très intéressants et forme une toile alambiquée et pleine de tonalité dans un univers très bien construit. Bien que je trouve que certains personnages auraient pu être encore plus travaillés, notamment les personnages féminins.

  Le deuxième point qui m’a vraiment enthousiasmé dans ce roman, c’est l’univers complexe qui se mets peu à peu en place. L’immersion qui se fait dès le départ, et de manière totale, peut cependant s’avérer assez difficile lors des premiers chapitres. Ainsi, on retrouve un tout nouveau découpage du temps et des mots n’appartenant qu’au monde dans lequel évolue Cerdric. Et ce n’est pas réellement expliqué, c’est au lecteur de découvrir et de comprendre ces éléments au fil des pages. Ce qui, à mon sens, n’est pas forcément une mauvaise chose. Cela empêche le récit de rentrer dans des descriptions explicatives qui auraient pu le rendre lourd. De plus la carte et le tableau intégrés au livre aide à la compréhension de l’histoire et de son monde, ce  qui fait que le lecteur n’est pas complétement perdu au tout début, et il s’y fait finalement très rapidemment. Les créatures magiques présentes sont intégrées avec naturel et sans lourdeur, ce qui est réellement appréciable. Elles ne sont pas uniquement présentes car elles sont magiques, mais bien parce qu’elles ont un rôle à jouer dans l’intrigue. La société que l’on découvre au fur et à mesure que Cerdric grandit m’a beaucoup plu. Elle semble au premier abord assez binaire, ce qui m’a à plusieures reprise laissée perplexe, avec une partie qui se range du côté de l’ordre et de la loi et une autre qui se place sous les auspices du chaos et du mal. Cependant, les limites entre les deux finissent par se flouter, et on finit par se retrouver face au questionnement du bien et du mal et du bien fondé de certaines valeurs ou idées, à travers Cerdric.

  C’est avec un style bien construit et au language soutenu qu’on entre dans l’oeuvre de Nathalie Dau. Sans être révolutionnaire ; c’est travaillé, c’est beau et on déguste le récit avec plaisir. Le rythme n’est pas toujours le même et alterne entre des éclats de vies décrits avec lenteur et des actions rapides ; ce qui rends l’histoire à la fois dynamique mais très convaincante. Cependant, il y a quand même quelques longueurs dans certains passages, mais cela ne gâte pas vraiment la lecture.

  Toutefois, quelque chose à quand même réellement gêné mon appréciation du livre et m’a fait soupirer pas mal de fois en roulant les yeux : le présence très (très!) régulière de violences sexuelles. La présence de certains viols sont nécessaires au déroulement de l’histoire et à l’évolution de la psychologie des personnages, soit. Le monde dans lequel évoluent les personnages est très violent de base et il faut le faire comprendre, soit. Je sais que je suis, d’une manière générale, plus facilement choquée par les violences sexuelles que par toutes les autres formes de violence. Mais au bout d’un moment, c’est devenu vraiment lourd de tomber tout les deux chapitres sur un viol ou un attouchement, surtout que c’est très souvent les enfants qui en font les frais. Ca a finit par me mettre réellement mal à l’aise. Pas mal de ces scènes m’ont laissée très perplexe quand à leur pertinence dans l’intrigue ; je ne voyais tout simplement pas pourquoi elles étaient là. Ce n’est pas la présence de ces agréssions qui ont finit par réellement m’irriter, mais bien le fait qu’elles revenaient sans cesse dès qu’une occasion se présentait et de manière un peu gratuite. Et c’est seulement parce que l’histoire et ses personnages m’intéressaient réellement que je n’ai pas laissé tomber le récit à mi-chemin.

  Malgré ce dernier point, qui a été quand même assez handicapant pour ma lecture, j’ai globalement été ravie de découvrir ce premier tome ainsi que Nathalie Dau, dont j’irai sûrement voir les autres oeuvres. Je ne conseillerai peut-être pas à tout le monde ce livre à cause de la très grande violence, mais tout les amateurs de fantasy devraient apprécier.

L&C

Une femme, un mariage et une bonne critique sociale

L’arrivée de Mrs Helen Graham, la nouvelle locataire du manoir de Wildfell, bouleverse la vie de Gilbert Markham, jeune cultivateur.
Qui est cette mystérieuse artiste, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils ? Quel lourd secret cache-t-elle ? Sa venue alimente les rumeurs des villageois et ne laisse pas Gilbert insensible. Cependant, la famille de ce dernier désapprouve leur union et lui-même commence à douter de Mrs Graham… Quel drame s’obstine-t-elle à lui cacher ? Et pourquoi son voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si jalousement sur elle ?

   Commençant à  apprécier de plus en plus la littérature anglaise du XIXè siècle, c’est tout naturellement, et avec curiosité, que je me suis procurée La Recluse de Wildfell Hall de la troisième des sœurs Brontë, Anne. J’avoue que l’édition Libretto m’a aussi bien alléché avec son résumé, sa couverture et en qualifiant l’oeuvre « d’un des premiers roman féministe ». Et je n’ai pas du tout été déçue. J’ai complètement été  emportée par l’histoire et les personnage pendant quelques jours.

   C’est d’abord les deux personnages principaux qui m’ont conquise. J’ai adoré Helen Graham. C’est une personne forte, déterminée et pourvue d’un grand altruisme. On découvre réellement la teneur et la profondeur du personnage dans la seconde partie du roman, qui est tout simplement son journal. Quand à Gilbert Markham, bien qu’il pouvait m’agacer parfois dans la première partie, je l’ai aimé au fur et à mesure de son évolution dans l’histoire. On découvre un personnage impulsif, affectueux, respectueux et surtout, passionné. Une passion que refrène tant bien que mal la mystérieuse locataire du manoir, en grande partie délabré, de Wildfell Hall, ce que ne comprend pas du tout le pauvre Gilbert. Les péripéties de leur relation m’a ravie, de part l’évolution progressif de leurs sentiments amoureux respectifs, d’autre part parce que je n’étais vraiment pas sûre de la conclusion de leur hitoire jusqu’à la toute fin du livre.

   J’ai aussi savouré la palette de personnages et de relations qui se tissent en toile de fond. Certains sont proprement insupportables, d’autres attendrissants. A travers eux, c’est une véritable critique à l’encontre des rumeurs et des commères qui véhiculent préjugés et méchanceté. C’est aussi l’hypocrisie que semble montrer, à mon sens, Anne Brontë du doigt et notamment la découverte progressive de cette hypocrisie qu’on ne décèle pas au premier abord et qui peut nous charmer. Je pense ici aux personnages d’Eliza Millward et de Lady Lowborough que j’ai adoré haïr. Mais d’autres sont absolument adorables. La richesse de la panoplie des personnages est aussi due à la superposition de deux histoires : la première est celle de la relation entre Helen et Gilbert et la seconde, confiée par le journal personnel de la jeune femme, se porte sur la nature du lien qu’Helen partage avec son premier mari, Arthur. Le journal dévoile alors un rapport passionnant entre Mrs Graham et Arthur dans une atmosphère très différente du  début du roman.

  Moderne et féministe, ce roman l’est en effet. Brontë épluche allègrement la place de la femme dans la société victorienne. On y montre l’indépendance à jamais inaccessible pour ces dames qui sont placées sous tutelle tout au long de leur vie : père, mari, frère et fils seront toujours présent. Mais c’est surtout sur la question du mariage que le roman va se pencher. Ainsi, l’égoïsme, la manipulation et la maltraitance psychologique au sein du couple va être blâmé. Et tant les hommes que les femmes sont accusés de ces défauts. Mais le modernisme étonnant de l’oeuvre passe aussi par les opinions et les valeurs d’Helen, notamment sur le plan de l’éducation. Elle ne comprends pas la différence de traitement que l’on pourvoit aux « délicates et fragiles petites filles » et aux « garçons qui ne doivent pas se transformer en poule mouillée ». J’ai beaucoup aimé tout ce côté-là, qui a contribué à toute l’affection que j’ai ressentie pour Helen. Cependant, j’ai juste été un peu agacée par le fait qu’il y avait une certaine dimension « soit tout noir, soit tout blanc » pour certains personnages ; mais cela peut s’expliquer à travers la pleine subjectivité qui règne tout au long du livre. En effet, les deux narrateurs sont respectivement Gilbert et Helen, et l’on a pas du tout le point de vue des autres personnages. Ce qui va d’ailleurs jouer des tours au deux personnages principaux.

   J’ai aussi beaucoup apprécié la forme du roman. Le style est très bien construit, fluide et parfaitement prenant. Les deux histoires qui finissent par s’entremêler m’ont autant plu et captivée l’une que l’autre. Les changements de points de vue et de supports grâce au journal et à des lettres, intégrés au récit de Gilbert, rendent la lecture intéressante. Cependant, j’ai trouvé quelques longueurs à la fin de la seconde partie, mais c’était peut-être dû au fait que j’étais impatiente de retrouver Gilbert et, surtout, de savoir le fin mot de son histoire.

   J’ai donc énormément aimé ce livre dont l’histoire et les personnages m’ont transportée. Je le trouve aussi très abordable pour les personnes craignant la littérature anglaise victorienne ou tout simplement les classiques, ainsi que pour tout les amoureux de l’époque.

L&C

Un gros chat noir, Ponce Pilate et de la folie

Pour retrouver l’homme qu’elle aime, un écrivain maudit, Marguerite accepte de livrer son âme au diable. Version contemporaine du mythe de Faust, transposé à Moscou dans les années 1930, Le maître et Marguerite est aussi une des histoires d’amour les plus émouvantes jamais écrites. Mikhaïl Boulgakov a travaillé à son roman durant douze ans, en pleine dictature stalinienne, conscient qu’il n’aurait aucune chance de le voir paraître de son vivant. Écrit pour la liberté des artistes et contre le conformisme, cet objet d’admiration universelle fut publié un quart de siècle après la mort de celui qui est aujourd’hui considéré comme l’égal de Dostoïevski, de Gogol et de Tchekhov réunis.

Plusieurs de mes amis m’avaient vanté les merveilles de ce livre. Je l’avais donc acheté avec confiance et envie. J’ai cependant mis six malheureux mois à le commencer. J’ai adoré Le Maître et Marguerite. C’est une oeuvre incroyablement riche autant au niveau de l’intrigue qu’au niveau de l’écriture de Boulgakov.

Tout d’abord, l’auteur nous entraîne dans un patchwork de personnages se croisant tous les uns les autres, dont leur point commun est leur rapport avec le mystérieux Woland et ses compagnons. On y découvre une ville de Moscou  foisonnante et pleine de vie. Mais surtout, on est entraînés dans des événements étranges qui provoquent bien souvent la folie des protagonistes. Une légère touche d’absurde se dégage de ces curieuses mésaventures jusqu’à ce que le lecteur arrive, à la fin, à avoir une vue d’ensemble sur l’intrigue qui se construit comme une toile d’araignée. Trois histoires se chevauchent alors pour se rejoindre en différents points : celle de la ville et de ses habitants, celle de Marguerite et de son amant, le Maître et, enfin, celle de Ponce Pilate à Jérusalem. Le point commun de ces histoires est la présence du diable. J’ai vraiment aimé cet enchevêtrement d’intrigue, de personnages et, surtout, de mystère.

J’ai dégusté avec plaisir le style incroyable de Boulgakov. C’est magnifique. A la fois légèrement burlesque et fort. Les scènes, impressionnantes, s’impriment avec précision et netteté dans l’esprit. Le narrateur intervient dans le récit. J’ai eu l’impression que quelqu’un me racontait une grande et fabuleuse histoire. Je suis donc entrée dans le récit avec facilité et j’en ai accepté toutes les bizarreries. J’ai, cependant, un tout petit peu moins apprécié les parties de Ponce Pilate, voulant absolument savoir la suite des mésaventures des protagonistes à Moscou. Mais les descriptions magnifiques ont facilement palliées à ces petits moments de frustration.

J’ai vraiment apprécié me plonger dans l’atmosphère fantastique où nous amène l’auteur. Plus on avance dans la lecture et plus on veut savoir la suite. Ce qui est aussi incroyable dans cette oeuvre c’est que tout reste cohérent malgré la profusion de personnages et d’aventures.

Le Maître et Marguerite est à savourer avec délice. Et c’est un de ces livre que je relirai très certainement dans quelques années.

L&C