Une histoire d’amour, Téhéran et un auteur

Je vais vous raconter l’histoire d’amour de Sara et Dara. Comment s’aimer en Iran, quand toute rencontre entre les deux sexes est proscrite? Rencontre interdite à vivre comme à écrire… Voilà également mon histoire d’écrivain, une histoire d’amour avec les mots, semée d’embûches. Car dans mon pays, lorsqu’il s’agit d’amour, toujours la censure vieille… Ensemble, nous allons la déjouer!

   J’ai découvert En censurant un roman d’amour iranien grâce à une amie – Cocolanoix – qui me l’a prêté, puis donné [encore un grand merci plein d’amour à elle !]. Il a patienté quelque temps chez moi avant que je ne m’y plonge. Et le seul regret que j’ai maintenant, c’est de ne pas l’avoir commencé avant. J’ai dégusté ce livre comme j’aurais pu manger une excellente tarte à la rhubarbe !

   Il faut d’abord vous parler de la structure du roman, que, je trouve, est vraiment bien construite. On a là l’histoire d’un écrivain qui écrit son roman d’amour en essayant de contourner la censure, et en parallèle se déroule, s’érige phrase par phrase ; sous les yeux du lecteur et de l’auteur ; l’histoire d’amour de Sara et Dara. J’ai alors été totalement prise par deux histoires différentes, dépendantes l’une de l’autre, se touchant sans se toucher. J’ai aussi adoré le fait que l’histoire de l’auteur et celle des personnages conversent l’une avec l’autre, et ce, de plus en plus jusqu’au point culminant du roman. On peut alors voir la relation forte qu’entretient l’auteur avec ses personnages. Je dois d’ailleurs avouer que mon petit cœur a vibré au rythme de la relation de Sara et Dara.

   Je me suis d’ailleurs énormément attachée aux personnages que j’ai trouvés vraiment riches, passionnants et surtout touchants. Ils évoluent et sont vivants. J’ai surtout aimé celui de Sara, qui aspire à la liberté et autour duquel tous les autres personnages vont peu à peu graviter. La relation entre l’auteur et Petrovitch est aussi très intéressante. J’ai vraiment été passionnée par chacun d’entre eux et j’avais l’impression d’être auprès d’eux. Le fait que l’auteur nous parle directement crée une proximité entre lui et le lecteur.

   Le ton qu’il emprunte pour le récit est à la fois drôle, critique et tendre. Cela m’a beaucoup plu. Il interrompt quelque fois le double récit pour nous expliquer des petits morceaux de littérature et d’histoire de l’Iran, sans que cela ne coupe trop brutalement l’histoire. Il critique ainsi, dans un mélange de tendresse et de mélancolie, la censure, les combats déçus mais aussi la place qui est attribuée aux femmes dans une société assez étouffante pour une jeunesse bouillonnante. Il montre ainsi ce qui ne va pas avec humour, mais on sent tout de même que l’auteur aime profondément son pays et son histoire. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé l’espoir qui émane de ce roman à la fin.

   Ce livre, je l’ai aussi ressenti comme une véritable déclaration d’amour au pouvoir du roman, des mots et des sous-entendus. On découvre la complexité de la syntaxe et de la recherche de vocabulaire pour faire naître une histoire. On assiste au contorsionement linguistique de l’auteur pour faire comprendre ce qu’il veut au lecteur tout en passant la terrible barrière de M. Petrovitch ; qui peut interdire la publication du roman d’amour, et de la censure. Mais on découvre aussi la censure sous d’autres formes : la censure des images et de leur symbolisme ; celle du corps de la femme aussi, celle de l’amour et de l’érotisme. Le livre, c’est aussi dans ce récit, ce qui permet la rencontre et la relation de Dara et Sara. C’est ce qui permet de faire naître un message à la fois clair et caché pour le lecteur et son imagination. J’ai adoré toute cette dimension, ainsi que le fait que l’auteur montre clairement que le lecteur participe à la lecture et n’est absolument pas passif.

   Grâce à tous ces éléments, j’ai trouvé que ce roman était vraiment bien construit et très bien écrit. Il m’a fait rire, grimacer et vibrer. Je l’ai lu le plus lentement possible pour l’apprécier aussi longtemps que je le pouvais. Et puis, un facteur des plus importants pour moi, il m’a fait voyager au cœur même de Téhéran, dans un pays et une ville que je connais très peu. Je le relirai très certainement et le conseille vivement à tout le monde.

L&C

 

 

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Challenge #3 : Les « barbares »

   Pbm_CVT_LImmeuble-Yacoubian_7523our le challenge du mois d’avril, j’ai lu avec plaisir L’immeuble Yacoubian de Alaa El Aswany. J’ai beaucoup aimé ce roman, de plus en plus au fur et à mesure de mon avancée dans le récit.

   Le récit croise une multitude de personnages dont le point commun est leur vie commune dans l’immeuble yacoubian. Cette pluralité de voix apporte réellement une richesse dans la narration ainsi qu’un rythme qui permet au lecteur de ne jamais s’ennuyer. De plus, tous les personnages sont très intéressants et apportent chacun une vision très différente les uns les autres du Caire et de la vie qui l’anime. J’ai vraiment aimé ce côté-là. On a alors une grande dynamique dans l’intrigue, qui est constituée de multiples petites histoires personnelles influant plus ou moins sur les événements politiques rythmant la vie de l’Egypte. Je me suis bien entendu plus attaché à certains personnages qu’à d’autres mais j’ai aimé suivre l’évolution de tous. J’ai vraiment beaucoup aimé les personnages  de Boussaïna et de Zaki, qui, à la fin, ont apportés une grande douceur. Celui de Malak et sa façon de réussir à s’emparer de tous les biens immobiliers qu’il désire. Mais j’ai aussi pu détester le personnage d’Azzam, que j’ai trouvé horrible. J’ai donc pu ressentir un panel large d’émotions pour ces personnages. Ils évoluent tous de manière complexe et riche ; on découvre peu à peu les différentes facettes de ces personnages. Cependant, je finissais par souvent mélanger les personnages à cause de leur grand nombre.

   Les thèmes abordés sont aussi très intéressants et bien menés. La religion, radicale ou non ; le harcèlement sexuel ; le manque de liberté sexuelle ; l’homophobie ainsi que les conflits perturbant la vie de l’Egypte pendant la seconde moitié du XXe siècle apparaissent tous à travers les multiples personnages. La place des femmes est également évoquée. Le récit est purement observateur de la société égyptienne à travers les habitants de l’immeuble, aucun ton moralisateur ne transparaît, ce que j’ai beaucoup apprécié. Le ton est parfois tendre et drôle et souvent mêlé de mélancolie et de tristesse.

   Cependant, la traduction a un peu gêné ma lecture. En effet, des oublis de mots ainsi que des répétitions un peu lourdes sont souvent survenus dans le texte. Mais à part ça le style est fluide et très agréable à lire ; même s’il n’est pas particulièrement transcendant, à mon sens.

   Je conseille cette lecture enrichissante à tous ceux voulant voyager à travers une lecture qui apporte tout un panel d’émotion.

L&C