Challenge #2 : L’Amour donne des ailes

   Après deux mois très chargés en examens, maladies et événements en tout genre pour Cocolanoix et moi, on a enfin réussi à poster cet article – très en retard certes, mais mieux vaut tard que jamais non? Bonne lecture!

Hardy-Thomas-Loin-de-la-foule-déchaînée1   Avant que mon amie Cocolanoix ne me conseille Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy, j’avoue que je n’avais pas trop envie de le lire. J’avais vu un bout du film de Thomas Vinterberg et je n’avais pas du tout apprécié. Cependant, vu son enthousiasme et ayant une confiance aveugle en ses goûts livresques je l’ai donc acheté dès la première occasion dans une librairie d’occasion, avant qu’il ne dorme paisiblement dans ma bibliothèque comme la plupart de mes livres. Et puis, arrive le mois de février et son thème sur la romance. Je cherchais quelque chose qui puisse me mettre de bonne humeur et Cocolanoix me conseille (à nouveau) cette œuvre. Je m’y suis donc plongé sans trop savoir à quoi m’attendre ; et je ne regrette absolument pas. J’ai énormément aimé ce roman.

   Le récit se concentre essentiellement sur la psychologie et l’évolution des relations de quatre personnages : Batsheba et Oak bien sûr, mais aussi le fermier Boldwood et le sergent Troy. Suivre la construction de ces personnages a été pour moi un véritable délice. Ils sont tous quatre très bien exploités et leurs sentiments se complexifient au fur et à mesure qu’avance l’intrigue. J’ai adoré le personnage d’Oak, il est beaucoup trop adorable. Il est à la fois juste et humble, c’est aussi un appui sans faille pour Batsheba, malgré le traitement souvent froid qu’elle lui inflige. Tellement que j’ai souvent été frustrée qu’il ne lui crie pas un peu dessus. Batsheba m’a souvent agacé, mais cela ne m’as pas empêché de m’y attacher énormément. J’ai vraiment apprécié le fait qu’elle soit à la fois très forte, mais qu’elle ait aussi ses moments de faiblesses. Je l’ai trouvé très humaine et surtout, vraiment convaincante. Boldwood m’a aussi beaucoup plu et surtout m’a fait ressentir un grand panel d’émotion. J’étais tour à tour triste, désolée puis en colère contre lui. Enfin, je ne peux pas dire que j’ai aimé le personnage de Troy, c’est quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il veut et qui blesse les autres à cause de cela et déjà dans la réalité ce genre de personne, qui n’ont pas beaucoup de considération pour les autres, m’agacent beaucoup. Ça s’est bien entendu ressenti dans ma lecture. Je ne l’ai pourtant pas détesté non plus ; c’était quand même un excellent personnage.

   Je savais à peu près comment l’intrigue allait se finir, le suspense n’est donc pas ce qui m’a tenue le plus en haleine devant les pages qui défilaient à toute allure. C’est de découvrir les différentes péripéties des personnages, parfois terribles et tragiques. Je ne me suis pas ennuyée une seule fois lors de ma lecture, et j’ai souvent été surprise. Si je savais le dénouement, je n’avais aucune idée du comment.

   J’ai aussi beaucoup aimé le style de Thomas Hardy. C’est clair, fluide et beau. Ses descriptions, si elles ne sont pas énormément longues, sont vraiment très belles et on s’imagine très bien les scènes, les paysages et les personnages. Et puis, c’est drôle. Le narrateur intervient plusieurs fois dans le récit avec des commentaires sur les personnages et, souvent, cela m’a fait rire, sourire ou m’a émue. On a donc clairement le point de vue du narrateur, qui est peut-être celui de Hardy même, sur le sentiment amoureux et ses différentes nuances. En effet, on ne traite pas dans ce récit d’un seul sentiment amoureux universel, mais bien de différentes sortes d’amours et de passions à travers des réactions très différentes de ces quatre personnages. Je crois que c’est ce dernier point qui m’a le plus plu dans cette lecture, et surtout, qui m’a le plus touchée.

   Je recommande ce roman à toute personne aimant des personnages fouillés et une psychologie nuancée qui se découvre au fur et à mesure. J’ai hâte de lire un autre roman de Thomas Hardy, même si j’ai cru comprendre que ses autres œuvres s’inscrivent souvent dans un registre bien plus sombre des sentiments humains ; ce qui est loin de me déplaire.

 L&C

Pour célébrer le mois de l’amour, quoi de mieux que de lire une histoire d’amour ?

41F8JKY1GZL._SX291_BO1,204,203,200_  J’ai lu au mois de février deux livres, deux histoires d’amour que tout oppose. La première n’est autre qu’un très célèbre roman de la littérature portugaise L’amour de perdition de Branco. Je ne connaissais pas grand-chose de la littérature portugaise et la préface m’a d’ailleurs permis de dessiner quelques repères. Nous sommes au XIXe siècle et le romantisme siège dans les livres et les cœurs. Amour de perdition n’est autre que l’histoire d’un jeune homme et d’une jeune femme, tous deux issus de grandes familles, qui échangent un regard … et voient surgir en leur sein la fatale flamme de la passion… Cela n’est pas sans rappeler la plus célèbre des histoires d’amour impossible, Roméo et Juliette du poète Shakespeare. On retrouve une trame semblable et des éléments similaires mais à la sauce méditerranéenne si j’ose dire ! Branco use d’une langue pleine de poésie, une langue pleine de sincérité pour évoquer les profonds sentiments amoureux qui animent les trois protagonistes… eh oui… Car aux deux amoureux s’ajoute une jeune fille qui, grâce à son amour dévoué, aidera le jeune homme. Ce sont trois personnages sublimes pour lesquels le lecteur éprouve beaucoup de compassion. Ils sont tous trois dignes et emplis de grands sentiments. Néanmoins, l’auteur parvient à glisser entre ces moments qui serrent le cœur, des passages plus légers où il ne se prive pas de donner son avis. C’est un beau mélange romantique, entre sublime et grotesque. Cette œuvre est loin d’être un simple pastiche d’une histoire déjà très connue mais une œuvre magistrale de la littérature portugaise.

   9782253057604-001-TAutre époque, autre histoire d’amour, j’ai également lu Carol de Patricia Highsmith. Il s’agit de l’histoire d’un coup de foudre entre une jeune employée de magasin, Thérèse, et une cliente quadragénaire, Carol. Entre road trip américain et bouffées de cigarettes, on suit l’évolution de leur relation. Il s’agit d’une très belle histoire d’amour et le personnage de Carol est des plus charismatiques. Néanmoins, au sortir de ma lecture, je reste toujours autant choquée par le traitement infligée aux homosexuel-les, notamment lorsqu’ils/elles ont des enfants, au milieu du XXe siècle… Ce n’est pas si loin de nous et pourtant… L’œuvre a d’ailleurs fait grand scandale à sa sortie mais l’auteur a reçu beaucoup de courriers d’homosexuel-les la remerciant pour l’aide qu’elle leur avait apportée, en leur montrant qu’on pouvait avoir une autre sexualité et être heureux. Merci à Patricia Highsmith d’avoir simplement écrit une belle histoire d’amour !

Cocolanoix

 

Un pied robotique, une princesse perdue et de la mécanique

A New Beijing, Cinder est une cyborg. Autant dire une paria. Elle partage sa vie entre l’atelier où elle répare des robots et sa famille adoptive. A seize ans, la jeune fille a pour seul horizon les tâches plus ou moins dégradantes qu’elle doit accomplir pour ses sœurs et sa marâtre.
Mais le jour où le prince Kai lui apporte son robot de compagnie – son seul ami -, le destin de Cinder prend un tour inattendu. La forte attirance qu’éprouvent le beau prince et la jeune cyborg n’a aucune chance de s’épanouir, surtout que le royaume est menacé par la terrible reine de la Lune !
Débute alors pour Cinder une aventure incroyable, où elle découvrira que le sort de l’humanité est peut-être entre ses mains.

   Après en avoir entendu parler un peu partout en bien, j’avais très envie de lire Cinder de Marissa Meyer, ainsi que l’ensemble de la série. Un mélange des contes de mon enfance et de science-fiction ? J’étais curieuse de savoir ce que cela pouvait donner. Donc, lorsque le livre a été annoncé comme la lecture de janvier du book club Le club des rats de bibliothèque, j’ai été ravie et j’ai sauté sur l’occasion pour l’emprunter à la médiathèque. J’ai apprécié ce premier tome, bien qu’il ne m’ait pas transporté et, qu’au final, il n’ait rien d’exceptionnel. Je l’ai trouvé sympathique et l’assimile à une lecture détente.

   Le gros point positif de ce roman, c’est le fait que la réécriture du conte de Cendrillon en elle-même soit très bien faite. Les éléments clés du conte sont très bien utilisés au sein de l’intrigue principale. L’auteur a su se les approprier d’une manière bien à elle, parfois un tantinet ironique comme la scène du bal où Cinder est loin d’être la plus belle ou l’élément du pied robotique à la place de la pantoufle de verre, qui m’a plutôt bien plu. Ainsi, la réécriture en soi est très bien pensée et c’est ce que j’ai préféré découvrir. L’intrigue principale, le fil rouge que l’on voit se mettre en place dans ce premier roman et qui continueras très certainement de se développer dans les prochains, est l’élément qui coince un peu. Dès le début on devine l’élément le plus important sur lequel repose tout ce premier tome, ce qui est légèrement embêtant dans l’appréciation de la lecture. Si cela avait été partie intégrante du conte d’origine, le manque de subtilité et de suspense aurait peut-être été plus facile à comprendre. Cependant, malgré le fait que l’on devine à peu près toute l’intrigue du livre, je voulais tout de même voir comment cela allait se mettre en place, notamment autour des éléments du conte d’origine, qui sont eux très bien menés. C’était alors tout de même plaisant de lire ce livre, bien que le plaisir soit un peu détaché et que l’histoire en elle-même ne me transcende pas par sa simplicité et sa transparence.

   Les personnages, bien qu’ils ne soient pas énormément creusés et complexes, sont aussi un atout de ce premier tome. Ils sont attachants et n’ont pas du tout la dimension agaçante qu’aurait pu leur donner le statut de personnages de conte. Ainsi, ils sont tout de même nuancés et agréables à suivre. Le fait que la relation entre Cinder et le prince Kaito ne soit pas pleine de niaiserie est aussi un élément qui m’a agréablement surprise. J’avais très peur du personnage du prince, mais il s’est révélé intéressant au fil des pages. Celui de Cinder aussi m’a bien plu : on retrouve la jeune fille un peu soumise à sa famille adoptive et rêveuse du conte, mais elle sait aussi prendre ses décisions et faire preuve de courage. J’ai apprécié le fait qu’elle ne tombe dans aucun extrême, ni complétement fragile et soumise, ni rebelle badasse qui fonce dans le tas. Cela la rend beaucoup plus authentique et réaliste. J’ai bien aimé la reine Levana aussi, qui est, elle, le reflet parfait de la méchante reine et sorcière qui peuple beaucoup de contes. On ne sait pas grand-chose d’elle ; elle est cruelle pour le simple plaisir d’asseoir son autorité et ça me va. Sa figure menaçante et la présence tout le long du roman de la lethumose, une maladie mortelle, donne à l’univers de l’auteur un côté froid et dur qui n’est pas sans faire penser à la cruauté qui ressort des véritables contes d’origines.

  Ce qui m’a pas mal déçue c’est l’univers. J’ai trouvé le monde de Cinder très intéressant mais pas assez creusé. J’aurai aimé qu’il soit bien plus exploité et surtout bien plus décrit. L’intrigue se déroule dans une ville immense, mais on n’est vraiment familiarisé qu’avec trois lieux : l’appartement de la famille adoptive de Cinder, son établi où elle reçoit ses clients et le palais, surtout via les laboratoires. Alors je sais que dans les contes, les lieux sont censés être flous pour renforcer le côté merveilleux et magique ; cependant l’auteur nous fait miroiter un univers qui pourrait être complexe et très bien construits avec un système et une histoire propre à lui, mais on en voit que de légers éléments. De plus, ce rapprochement entre le monde du roman et le conte me semble un peu douteux, car le merveilleux n’est pas franchement présent. Les « pouvoirs » des Lunaires sont expliqués en termes assez scientifiques, et à part cela aucun signe évident de magie. Tout est un minimum expliqué, étant donné que ce n’est plus seulement un conte, mais surtout un roman. Je pense donc que la construction de l’univers aurait pu être un peu plus aboutit. Cependant, ce n’est qu’un premier tome et peut-être que cette dimension est plus développée dans les prochains romans.

   Le style est assez bien construit sans être recherché. Il n’est, à mon sens, pas particulier ou marquant. Je n’ai pas trouvé de plume bien définie propre à l’auteur qui aurait permis de la démarquer et qui aurait pu jouer dans la construction de son univers. Cependant, l’écriture est fluide, très agréable et rapide à lire. Je ne me suis pas ennuyée une seule fois pendant ma lecture et on se laisse prendre assez facilement.

   Cinder fut donc une lecture très sympathique le temps d’un week-end détente. J’ai hâte de découvrir l’appropriation des autres contes par Marissa Meyer, bien plus que l’intrigue principale. Je recommande ce livre à toute personne appréciant les contes ou une lecture sans prise de tête.

L&C

Une femme, un mariage et une bonne critique sociale

L’arrivée de Mrs Helen Graham, la nouvelle locataire du manoir de Wildfell, bouleverse la vie de Gilbert Markham, jeune cultivateur.
Qui est cette mystérieuse artiste, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils ? Quel lourd secret cache-t-elle ? Sa venue alimente les rumeurs des villageois et ne laisse pas Gilbert insensible. Cependant, la famille de ce dernier désapprouve leur union et lui-même commence à douter de Mrs Graham… Quel drame s’obstine-t-elle à lui cacher ? Et pourquoi son voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si jalousement sur elle ?

   Commençant à  apprécier de plus en plus la littérature anglaise du XIXè siècle, c’est tout naturellement, et avec curiosité, que je me suis procurée La Recluse de Wildfell Hall de la troisième des sœurs Brontë, Anne. J’avoue que l’édition Libretto m’a aussi bien alléché avec son résumé, sa couverture et en qualifiant l’oeuvre « d’un des premiers roman féministe ». Et je n’ai pas du tout été déçue. J’ai complètement été  emportée par l’histoire et les personnage pendant quelques jours.

   C’est d’abord les deux personnages principaux qui m’ont conquise. J’ai adoré Helen Graham. C’est une personne forte, déterminée et pourvue d’un grand altruisme. On découvre réellement la teneur et la profondeur du personnage dans la seconde partie du roman, qui est tout simplement son journal. Quand à Gilbert Markham, bien qu’il pouvait m’agacer parfois dans la première partie, je l’ai aimé au fur et à mesure de son évolution dans l’histoire. On découvre un personnage impulsif, affectueux, respectueux et surtout, passionné. Une passion que refrène tant bien que mal la mystérieuse locataire du manoir, en grande partie délabré, de Wildfell Hall, ce que ne comprend pas du tout le pauvre Gilbert. Les péripéties de leur relation m’a ravie, de part l’évolution progressif de leurs sentiments amoureux respectifs, d’autre part parce que je n’étais vraiment pas sûre de la conclusion de leur hitoire jusqu’à la toute fin du livre.

   J’ai aussi savouré la palette de personnages et de relations qui se tissent en toile de fond. Certains sont proprement insupportables, d’autres attendrissants. A travers eux, c’est une véritable critique à l’encontre des rumeurs et des commères qui véhiculent préjugés et méchanceté. C’est aussi l’hypocrisie que semble montrer, à mon sens, Anne Brontë du doigt et notamment la découverte progressive de cette hypocrisie qu’on ne décèle pas au premier abord et qui peut nous charmer. Je pense ici aux personnages d’Eliza Millward et de Lady Lowborough que j’ai adoré haïr. Mais d’autres sont absolument adorables. La richesse de la panoplie des personnages est aussi due à la superposition de deux histoires : la première est celle de la relation entre Helen et Gilbert et la seconde, confiée par le journal personnel de la jeune femme, se porte sur la nature du lien qu’Helen partage avec son premier mari, Arthur. Le journal dévoile alors un rapport passionnant entre Mrs Graham et Arthur dans une atmosphère très différente du  début du roman.

  Moderne et féministe, ce roman l’est en effet. Brontë épluche allègrement la place de la femme dans la société victorienne. On y montre l’indépendance à jamais inaccessible pour ces dames qui sont placées sous tutelle tout au long de leur vie : père, mari, frère et fils seront toujours présent. Mais c’est surtout sur la question du mariage que le roman va se pencher. Ainsi, l’égoïsme, la manipulation et la maltraitance psychologique au sein du couple va être blâmé. Et tant les hommes que les femmes sont accusés de ces défauts. Mais le modernisme étonnant de l’oeuvre passe aussi par les opinions et les valeurs d’Helen, notamment sur le plan de l’éducation. Elle ne comprends pas la différence de traitement que l’on pourvoit aux « délicates et fragiles petites filles » et aux « garçons qui ne doivent pas se transformer en poule mouillée ». J’ai beaucoup aimé tout ce côté-là, qui a contribué à toute l’affection que j’ai ressentie pour Helen. Cependant, j’ai juste été un peu agacée par le fait qu’il y avait une certaine dimension « soit tout noir, soit tout blanc » pour certains personnages ; mais cela peut s’expliquer à travers la pleine subjectivité qui règne tout au long du livre. En effet, les deux narrateurs sont respectivement Gilbert et Helen, et l’on a pas du tout le point de vue des autres personnages. Ce qui va d’ailleurs jouer des tours au deux personnages principaux.

   J’ai aussi beaucoup apprécié la forme du roman. Le style est très bien construit, fluide et parfaitement prenant. Les deux histoires qui finissent par s’entremêler m’ont autant plu et captivée l’une que l’autre. Les changements de points de vue et de supports grâce au journal et à des lettres, intégrés au récit de Gilbert, rendent la lecture intéressante. Cependant, j’ai trouvé quelques longueurs à la fin de la seconde partie, mais c’était peut-être dû au fait que j’étais impatiente de retrouver Gilbert et, surtout, de savoir le fin mot de son histoire.

   J’ai donc énormément aimé ce livre dont l’histoire et les personnages m’ont transportée. Je le trouve aussi très abordable pour les personnes craignant la littérature anglaise victorienne ou tout simplement les classiques, ainsi que pour tout les amoureux de l’époque.

L&C