Une femme, un mariage et une bonne critique sociale

L’arrivée de Mrs Helen Graham, la nouvelle locataire du manoir de Wildfell, bouleverse la vie de Gilbert Markham, jeune cultivateur.
Qui est cette mystérieuse artiste, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils ? Quel lourd secret cache-t-elle ? Sa venue alimente les rumeurs des villageois et ne laisse pas Gilbert insensible. Cependant, la famille de ce dernier désapprouve leur union et lui-même commence à douter de Mrs Graham… Quel drame s’obstine-t-elle à lui cacher ? Et pourquoi son voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si jalousement sur elle ?

   Commençant à  apprécier de plus en plus la littérature anglaise du XIXè siècle, c’est tout naturellement, et avec curiosité, que je me suis procurée La Recluse de Wildfell Hall de la troisième des sœurs Brontë, Anne. J’avoue que l’édition Libretto m’a aussi bien alléché avec son résumé, sa couverture et en qualifiant l’oeuvre « d’un des premiers roman féministe ». Et je n’ai pas du tout été déçue. J’ai complètement été  emportée par l’histoire et les personnage pendant quelques jours.

   C’est d’abord les deux personnages principaux qui m’ont conquise. J’ai adoré Helen Graham. C’est une personne forte, déterminée et pourvue d’un grand altruisme. On découvre réellement la teneur et la profondeur du personnage dans la seconde partie du roman, qui est tout simplement son journal. Quand à Gilbert Markham, bien qu’il pouvait m’agacer parfois dans la première partie, je l’ai aimé au fur et à mesure de son évolution dans l’histoire. On découvre un personnage impulsif, affectueux, respectueux et surtout, passionné. Une passion que refrène tant bien que mal la mystérieuse locataire du manoir, en grande partie délabré, de Wildfell Hall, ce que ne comprend pas du tout le pauvre Gilbert. Les péripéties de leur relation m’a ravie, de part l’évolution progressif de leurs sentiments amoureux respectifs, d’autre part parce que je n’étais vraiment pas sûre de la conclusion de leur hitoire jusqu’à la toute fin du livre.

   J’ai aussi savouré la palette de personnages et de relations qui se tissent en toile de fond. Certains sont proprement insupportables, d’autres attendrissants. A travers eux, c’est une véritable critique à l’encontre des rumeurs et des commères qui véhiculent préjugés et méchanceté. C’est aussi l’hypocrisie que semble montrer, à mon sens, Anne Brontë du doigt et notamment la découverte progressive de cette hypocrisie qu’on ne décèle pas au premier abord et qui peut nous charmer. Je pense ici aux personnages d’Eliza Millward et de Lady Lowborough que j’ai adoré haïr. Mais d’autres sont absolument adorables. La richesse de la panoplie des personnages est aussi due à la superposition de deux histoires : la première est celle de la relation entre Helen et Gilbert et la seconde, confiée par le journal personnel de la jeune femme, se porte sur la nature du lien qu’Helen partage avec son premier mari, Arthur. Le journal dévoile alors un rapport passionnant entre Mrs Graham et Arthur dans une atmosphère très différente du  début du roman.

  Moderne et féministe, ce roman l’est en effet. Brontë épluche allègrement la place de la femme dans la société victorienne. On y montre l’indépendance à jamais inaccessible pour ces dames qui sont placées sous tutelle tout au long de leur vie : père, mari, frère et fils seront toujours présent. Mais c’est surtout sur la question du mariage que le roman va se pencher. Ainsi, l’égoïsme, la manipulation et la maltraitance psychologique au sein du couple va être blâmé. Et tant les hommes que les femmes sont accusés de ces défauts. Mais le modernisme étonnant de l’oeuvre passe aussi par les opinions et les valeurs d’Helen, notamment sur le plan de l’éducation. Elle ne comprends pas la différence de traitement que l’on pourvoit aux « délicates et fragiles petites filles » et aux « garçons qui ne doivent pas se transformer en poule mouillée ». J’ai beaucoup aimé tout ce côté-là, qui a contribué à toute l’affection que j’ai ressentie pour Helen. Cependant, j’ai juste été un peu agacée par le fait qu’il y avait une certaine dimension « soit tout noir, soit tout blanc » pour certains personnages ; mais cela peut s’expliquer à travers la pleine subjectivité qui règne tout au long du livre. En effet, les deux narrateurs sont respectivement Gilbert et Helen, et l’on a pas du tout le point de vue des autres personnages. Ce qui va d’ailleurs jouer des tours au deux personnages principaux.

   J’ai aussi beaucoup apprécié la forme du roman. Le style est très bien construit, fluide et parfaitement prenant. Les deux histoires qui finissent par s’entremêler m’ont autant plu et captivée l’une que l’autre. Les changements de points de vue et de supports grâce au journal et à des lettres, intégrés au récit de Gilbert, rendent la lecture intéressante. Cependant, j’ai trouvé quelques longueurs à la fin de la seconde partie, mais c’était peut-être dû au fait que j’étais impatiente de retrouver Gilbert et, surtout, de savoir le fin mot de son histoire.

   J’ai donc énormément aimé ce livre dont l’histoire et les personnages m’ont transportée. Je le trouve aussi très abordable pour les personnes craignant la littérature anglaise victorienne ou tout simplement les classiques, ainsi que pour tout les amoureux de l’époque.

L&C

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